Pages

Affichage des articles dont le libellé est bistro. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bistro. Afficher tous les articles

lundi 6 février 2012

Le requiem du pianiste.




Le requiem du pianiste.


Quelques temps avant le décès du pianiste Richard Frapet j'ai eu la chance de faire un dernier voyage en sa compagnie. 
Un dernier tour d'horizon, un micro pèlerinage, une dernière conversation avant que ce cerveau ne se cache pour de bon derrière ses yeux gris bleus.
Plus tout à fait lui-même et pas tout à fait autre chose, il m'a fait découvrir ce qui lui tenait à coeur en ces derniers moments.
Ce qu'il ne m'avais jamais montré, ce qu'il gardait secret dans le fond de son âme perturbée. 
Ce qu'il ne voulait pas partager auparavant.

Nous avons vogué sur les routes sinueuses de la Bourgogne, celle de son enfance et de sa jeunesse.
Il m'a demandé de regarder, de ne pas commenter et de ressentir l'âge de cette région.
C'est ce que j'ai fait en me disant que je regardais son âge à lui. 
J'ai vu sur les vieilles pierres les rides de mon père. La structure de son âme, la dureté de ses traits et la solidité de son esprit. 
J'y ai vu la profondeur de ses interrogations, et la noirceur de ses détresses.

Par moment et par temps clair j'ai vu aussi un rayon d 'espoir, surtout quand il me regardait et qu'il me disait à quel point je ressemble à ma mère. Cela ne durait que l'espace d'un soupir car sa douleur reprenait le dessus.

Nous avons pris des pots dans des bistros qu'il adorait, nous avons acheté le pain dans 'sa' boulangerie, nous avons visité une brocante qu'il affectionnait particulièrement. Et toujours ce regard absent, distrait, plus tout à fait là. 

Dans un petit village il a voulu faire une visite dans une église. L'idée d'allumer un lampion ne me disait rien du tout et c'est quand j'ai vu ce qu'il y avait à l'intérieur que je compris la raison, 
Sa raison, 
de demander cet arrêt. 
Là-haut, derrière nous, dans la loge, se trouvait un orgue, l'un des plus anciens de la région.
Il est resté là, cloué sous cet orgue, pendant de longues heures. Que faisait son esprit à ce moment-là, je ne saurais le dire.
Qui peut se targuer de savoir ce qui se passe dans l'esprit d'un pianiste fou amoureux de l'orgue?
Quand nous sommes ressortis de cette vieille église, il n'était franchement plus le même. 
Encore plus introverti, encore moins accessible que d'habitude. Comme déjà plus là.

Je lui dit que c'était sans doutes la dernière fois que nous nous retrouvions ainsi tous les deux.
Il me répondit qu'il ne fallait pas exagérer, et me sorti sa phrase fétiche venue de son passé: Les grands esprits se retrouvent toujours.
Pour la première fois de ma vie je ne l'ai pas cru.
Je ne l'ai jamais revu.

Quelques temps plus tard, mon père décédait des suites du cancer.
Voici quelques uns des clichés que j'ai capturé pendant ce trajet. 

J'ai fait plusieurs montages de ses interprétations pianistiques que vous retrouverez sur youtube ou en consultant sa page sur:
 https://www.facebook.com/pages/Richard-Frapet-pianiste/286967924646585

Mes photos parlent d'elles-même, je n'ai donc pas mis de commentaires ou explications. 

Si cet article vous plait je serais ravie de lire ce que vous en pensez.
Bonne visite ;-)